Simone Séguela Saulais infos

Étoile des neiges
Le mot magique
Le seuil
Les mots
Ma foi sans loi
Multicolore
Paysage hivernal
Rêverie

Simone Séguela Saulais

 

 

 

 

 

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L’ETOILE DES NEIGES

Ce matin là, l’enfant décida de grimper la montagne pour aller cueillir l’étoile des neiges. L’âme rêveuse, il quitta dés l’aube le chalet familial, un ancien refuge situé à 1600 mètres d’altitude, juste à la lisière d’un conifère solitaire.

Déjà, au-delà des sommets qui crevaient l’horizon, le soleil à peine éveillé, habillait l’aube d’un rose légèrement safrané, tirant sur les cuivrés d’un couchant vespéral.

Une brume indolente qui se prélassait dans la vallée, et se glissait le long des défilés, prêtait à la montagne une sorte de déliquescence presque intimidante. D’autant que ses crevasses et ses dépressions semblaient vouloir à tout instant, pareil à un étau, broyer note jeune pastoureau.

Né dans les Pyrénées, l’enfant qui n’avait jamais rêvé de mer, n’aimait que ses montagnes dont il connaissait les maquis pour les avoir parcourus avec ses brebis. Il aimait tout, ses pics, ses aiguilles, ses cols et ses gorges. Il goûtait de même les bons côtés et les commodités de l’été comme les travers de l’hiver. En clair, toutes les déclinaisons de chaque saison dont il partageait à l’unisson les émotions et les sensations.

Le pied toujours prêt à grimper, et sans souci des pierriers acérés et des névés engorgés, il gravit, rapide et léger, la croupe massive du massif. Les deux mille mètres enfin atteints, et bien qu’à peine brisé par les difficultés, il s’assit au pied d’un génépis, et sans retard, tira de son havresac de quoi se redonner du poil au coeur. Tout en dévorant son déjeuner avec l’appétit d’un affamé, l’enfant laissa traîner son regard, un regard aigu de busard, au hasard de cette magistrale pastorale. Comme les cimes sont sublimes ! Que tout est curieux ! Et le monde, affalé en bas dans la vallée, lui apparut un bref instant, sous la forme d’un fac-similé de réalité. Une vision de carte postale de bonne année.

Enchanté par le calme et la sérénité des crêts, l’enfant se serait assoupi auprès du génépis, si les glatissements d’un gypaète planant au-dessus de sa tête, et piquant soudain terre tel un trait d’arbalète, ne l’avait dans l’instant remis sur pieds.

L’enfant, de plus en plus émerveillé par toute la poésie des hauteurs qui lui donnait une sensation de planeur, sans plus tarder, repartit à la conquête de sa belle rebelle. Il savait qu’à cette altitude, il la surprendrait dans sa solitude.

Et il la surprit, là dans son nid cotonneux, aussi duveteuse qu’un oisillon tout neuf dans son oeuf, accrochée à l’arête d’une crête, en équilibre sur un vide perfide. L’enfant en fut si ému, bouleversé et troublé, qu’il n’osa arracher de son herbier sa frêle étoile des glaciers, et, néanmoins satisfait d’avoir vaincu pour elle, les dangers et les difficultés de sa quête ascensionnelle, un peu comme s’il était allé à la rencontre du ciel, il se contenta de tendrement contempler sa belle et sauvage étoile des montagnes.

L’unique en son site.