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Étoile des neiges
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LETOILE DES NEIGES Ce matin là, lenfant décida de grimper la montagne pour aller cueillir létoile des neiges. Lâme rêveuse, il quitta dés laube le chalet familial, un ancien refuge situé à 1600 mètres daltitude, juste à la lisière dun conifère solitaire. Déjà, au-delà des sommets qui crevaient lhorizon, le soleil à peine éveillé, habillait laube dun rose légèrement safrané, tirant sur les cuivrés dun couchant vespéral. Une brume indolente qui se prélassait dans la vallée, et se glissait le long des défilés, prêtait à la montagne une sorte de déliquescence presque intimidante. Dautant que ses crevasses et ses dépressions semblaient vouloir à tout instant, pareil à un étau, broyer note jeune pastoureau. Né dans les Pyrénées, lenfant qui navait jamais rêvé de mer, naimait que ses montagnes dont il connaissait les maquis pour les avoir parcourus avec ses brebis. Il aimait tout, ses pics, ses aiguilles, ses cols et ses gorges. Il goûtait de même les bons côtés et les commodités de lété comme les travers de lhiver. En clair, toutes les déclinaisons de chaque saison dont il partageait à lunisson les émotions et les sensations. Le pied toujours prêt à grimper, et sans souci des pierriers acérés et des névés engorgés, il gravit, rapide et léger, la croupe massive du massif. Les deux mille mètres enfin atteints, et bien quà peine brisé par les difficultés, il sassit au pied dun génépis, et sans retard, tira de son havresac de quoi se redonner du poil au coeur. Tout en dévorant son déjeuner avec lappétit dun affamé, lenfant laissa traîner son regard, un regard aigu de busard, au hasard de cette magistrale pastorale. Comme les cimes sont sublimes ! Que tout est curieux ! Et le monde, affalé en bas dans la vallée, lui apparut un bref instant, sous la forme dun fac-similé de réalité. Une vision de carte postale de bonne année. Enchanté par le calme et la sérénité des crêts, lenfant se serait assoupi auprès du génépis, si les glatissements dun gypaète planant au-dessus de sa tête, et piquant soudain terre tel un trait darbalète, ne lavait dans linstant remis sur pieds. Lenfant, de plus en plus émerveillé par toute la poésie des hauteurs qui lui donnait une sensation de planeur, sans plus tarder, repartit à la conquête de sa belle rebelle. Il savait quà cette altitude, il la surprendrait dans sa solitude. Et il la surprit, là dans son nid cotonneux, aussi duveteuse quun oisillon tout neuf dans son oeuf, accrochée à larête dune crête, en équilibre sur un vide perfide. Lenfant en fut si ému, bouleversé et troublé, quil nosa arracher de son herbier sa frêle étoile des glaciers, et, néanmoins satisfait davoir vaincu pour elle, les dangers et les difficultés de sa quête ascensionnelle, un peu comme sil était allé à la rencontre du ciel, il se contenta de tendrement contempler sa belle et sauvage étoile des montagnes. Lunique en son site. |
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