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Étoile des neiges
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LE SEUIL Dés larrivée des hirondelles, le vieil homme laissait la porte de sa maison ouverte et sinstallait alors sur lunique marche du seuil. Tel un bonze recueilli, le regard perdu sur la vallée qui sétirait paresseusement jusquau-delà de la rivière, il rêvait des heures entières. Il en avait vu passer de toutes les couleurs ce seuil ; évènements heureux ou moins heureux depuis le jour que le vieil homme lavait franchi avec sa jeune femme. A la suite de quoi, ce furent ses deux enfants qui, après sy être traînés à quatre pattes, lavaient sur deux pieds bien plantés passé sans retour depuis quils habitaient au loin la grande ville. Un jour, bien trop triste, ce fut à son tour sa femme qui, à la suite dune courte maladie, abandonnait ce seuil, allongée dans un cercueil sur lequel, le vieil homme avait déposé quelques marguerites cueillies dans la prairie. Combien de fois dans leur jeunesse, ils avaient ensemble effeuillé jusquà la passion ces marguerites ! Le vieil homme aimait néanmoins ce seuil quil comparait aux lèvres chaleureuses dune femme, béante lété aux fragrances légères et sucrées de ses pommiers, et lhiver aux fumets de la soupe mitonnant dans lâtre. Ce seuil lui donnait à la fois un sentiment de liberté et denfermement. Une impression parfois aussi de vie et de mort. Surtout depuis que ses forces ne lautorisaient plus à assumer son travail de saisonnier qui lui avait permis ˆ bien péniblement il est vrai ˆ délever sa petite nichée. Même dacquérir presque pour rien un petit verger. Cétait avec sa maison ses seuls biens ; Presque une fortune. Mais un matin pas comme les autres, réveillé par laube, le vieil homme se leva, shabilla, prit sa besace, et, sans un regard sur sa maison, franchit le seuil en claquant la porte dans son dos. A tout jamais. Le vieil homme franchit la rivière, sy mira un instant, et, laissant dans la vase sa dernière image, y jeta ses clefs. Fatigué, démoralisé, perdu dans les brumes de lindifférence de ses enfants et du monde, il erra, lâme enroulée à sa solitude comme un cocon desséché. Un cocon dans lequel ses forces et ses espérances sétaient tout doucement affaiblies et finalement figées. Si bien quà travers la grisaille matinale, sa maison, là-haut sur le coteau, ne lui parut plus quun misérable décor, et le monde au loin quune sono mal réglée. Machinalement, il se retrouva comme le premier homme de la Bible au pied de son plus vieux pommier. Ah, combien à la sueur de son front, il en avait croqué de ces pommes ! Des vertes et des pas mûres. Mastiquant une dernière grimace, il déroula de sa besace une longue corde. Puis, suivi de cet insolite serpent de chanvre, il cala son pied sur un moignon du tronc, pour appui afin datteindre plus haut une branche maîtresse. Le vieil homme enroula lun des bouts de sa corde à cette ramure salvatrice, tandis que lautre bout, comme pour lui faire comprendre quelque chose, traînait encore à terre. Une chose quinconsciemment il comprit et le détourna de sa funeste et définitive résolution. Son regard tomba alors sur sa maison, là-haut sur le coteau et désormais lèvres closes. Cest vrai quelle ressemblait avec ses deux petites fenêtres encadrant la porte, et son épaisse crinière de lierre qui la coiffait, au visage dune femme. Il lui sembla même reconnaître son épouse qui, postée là-haut, lui faisait les gros yeux. Instinctivement, le vieil homme tira à lui le bout de sa corde qui se perdait encore dans lherbe, lenroula et fit une boucle à un mètre environ de la première, comme sil offrait un collier de chanvre à son pommier ou peut-être au souvenir de son épouse. Il venait inconsciemment dinstaller une balançoire sur laquelle, oubliant ses fatales intentions, sy installa. Et machinalement, à la manière dun pendule, il se laissa osciller sur il ne savait plus trop quoi. Seuil seul.. seuil seul Pendu pendule pendu pendule |
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