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Étoile des neiges
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MULTICOLORE Les insomnies de Wassily ne sont que tourments et déferlements dimages aux couleurs multicolores, dont les outrances stigmatisent sa dernière toile. Une toile vierge qui depuis des nuits languit sur son chevalet et autour de laquelle Wassily, en mal dinspiration, tourne et retourne sans fin, la lumière aride à loeil et en lui le feu mourant. Néanmoins, Wassily la sollicite, lexcite et la provoque. Dune main attentive et discrète en caresse la douceur grainée. Il la respire, hume son arôme de colles et de médiums. Essaie den capter les ondes révélatrices et le souffle de lextase. De rares moments qui animent alors un étrange paysage qui sur sa toile lâche ses clairs et ses obscurs, et pour son émerveillement, toutes ses humeurs versicolores. Latelier de Wassily en est tout illuminé. Presque irréel. Il rêve bien sûr. Et dans ses rêves, ce paysage, un paysage érubescent, toujours le même, éveille ses musiques intérieures et ensanglante sa toile. Wassily pénètre alors dans cette harmonie flamboyante. Il ose un pied, puis deux dans lherbe fraîche, en froisse les émeraudes, les bronzes et les céladon. De longues bouffées capiteuses volent jusquà lui et pianotent ses narines. Wassily reconnaît les bonnes saveurs de ses terre de Sienne, terre dombre, terre de Mars ou de Sinople, dont les pigments et les grains, sous ses pinceaux mûrissent comme des fruits, tandis que des brumes bleutées, outremer ou cobalt, senvolent des ombres pensives. Wassily avance doucement à lintérieur de sa composition, quune rivière endormie dans son bain empourpré de garances et de vermillons, traverse de part en part. Une rivière paisible comme un silence gorgé de sang, au-delà de laquelle, sous un ciel étincelant docres safranés, émaillés de rouge cinabre, coquelicot ou cerise, jaillit de la nuit, dans un débordement de couleurs, un village baigné dorient. Un village dans la rutilance intime dune débauche de toits coiffant des maisonnettes fermées sous leurs murs citron ou topaze. Tout un arpège flavescent qui chauffe les lumières et se brise au pied de deux mamelons mélancoliques qui saisissent lair et lespace de leurs rotondités amollies. Lun cependant brise laube, alors que lautre, de sa crête amarante, pareille à deux lèvres incarnadines, semble embrasser le soleil en visite. Wassily, bouleversé, respire ce paysage, le goûte à petites gorgées émotives, et, après en avoir saisi toutes les musiques et les timbres, les accords et les cadences, il en éteint lincandescence, le dévêt de sa parure multicolore. Son rêve enfin referme ses ailes et sévanouit dans le jour qui naît. Et, tandis que la pendule psalmodie mâtines, Wassily, comme jaillit dun enchantement, émerge de sa nuit. Se souviendra-t-il de la somptuosité de ce paysage multicolore ? De la majesté de son incomparable harmonie ? Oui, car désormais, il le porte en lui comme un enfant sur le point de naître. Daprès un paysage imaginaire de W. Kandinsky |
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