Simone Séguela Saulais infos

Étoile des neiges
Le mot magique
Le seuil
Les mots
Ma foi sans loi
Multicolore
Paysage hivernal
Rêverie

Simone Séguela Saulais

 

 

 

 

 

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PAYSAGE HIVERNAL

Quand novembre sombre sur ses tombes et sur la barbe usée des maïs, fait ses premiers caprices, l’hiver déjà, fait le beau sur ses rameaux. Gibets agités où les dernières feuilles s’effeuillent et se pendent à leur deuil.

Dans la forêt prise aux rets des gelées, le neige tapisse et lisse les pistes, bavarde et musarde sous les arbres, puis à l’aventure, murmure le long des murs ou, pâlotte, chuchote sous les mottes.

Le gel, austère et mortifère, ulcère le pauvre hère. L’hiver est sévère pour la misère, et le froid, du haut de son beffroi, rudoie et foudroie toutes ses proies.

La glèbe imberbe oublie sa panoplie d’épis, et dans le pré tout prés, une marre, cloque glauque, ouvre son oeil de phoque sur la banquise grise d’une garenne surprise par la dérive d’un givre qui la paralyse, tandis que sous le charivari d’une pluie, la charrue, au roc toque son soc.

A l’étable, les bêtes, à l’aise hier à l’air, battent de la patte le sol de leurs pénates, et mornes, mâchonnent la licorne en donnant de la corne dans leurs bornes. Alors que sous la lune la brume s’enrhume, qu‚une bise incisive se brise sur les bâtisses et tyrannise ma pelisse, une rafale brutale, hourvari d’une prairie défleurie, dévale le val et torture les ramures. Cependant que la lunaison et ses pâmoisons, que la floraison a perdu la raison, la saison sans façon paie d’une chanson sa rançon.

Mais bientôt, quand le jeu d’un bleu se lovera, délicieux, dans les cieux, qu‚un petit nuage volage tournera la page sur des havres plus sages, qu‚à pleines mains le matin avec ferveur cueillera la première fleur, qu‚un petit frisson polisson nous rendra aussi gai qu‚un pinson,

Alors le printemps tout pimpant, se perchera sur le dos d’un do et chantera son Eldorado.