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Rêverie

Simone Séguela Saulais

 

 

 

 

 

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RÊVERIE

Doriane est là, assise dans sa méridienne, face à l’océan dont les scintillements ressemblent à des étoiles tombées sur les flots. Elle est là, assoupie, envoûtée par le charme de ses potées florales aux fragrances euphoriques.

La terrasse, son sanctuaire, comme elle dit, est un Eden. Un Nirvana où tout devrait être simple à vivre. Pourtant…

Peut-être que quelque part, des pinceaux magiques peignent des mondes meilleurs, tout de quiétude et d’amour. Un monde sans guerres ni haines. Un monde tout bonnement à l’image de sa terrasse, cet oasis élyséen où Doriane aime durant des heures rêver, loin du désenchantement quotidien. Loin de tout ce qui ressemble à la réalité, cette montagne obscure qu’elle n’arrive ni à franchir ni à vaincre. Encore moins à dominer.

Soudain d’une aile légère un papillon s’affole à l’ombre de son parasol, et jusqu’à ses compositions florales déjà papillonnées, va se pavaner, tandis que d’un souffle léger, une abeille s’abat sur son bras et tricote des pattes, comme si elle jouait des castagnettes, et d’un bourdonnement murmuré s’en va butiner le mûrier. Et là, maintenant, ne serait-ce pas une vision cette libellule, jolie demoiselle qui fredonne sur une flaque de lumière ? Et cette étoile là-haut dans les éthers, fière et audacieuse malgré la lumière du soleil ! Et les cigales qui vocalisent à la manière d’un choeur de divas, alors que le tam-tam du ressac au pied de la terrasse psalmodie les blues de l’océan, elles sont bien là, réelles, à l’ombre des eucalyptus.

Tout est si féerique, irréel, poétique et insaisissable que Doriane n’ose croire à toutes ces allégories aussi trompeuses que somptueuses. A toutes ces musiques qui bourdonnent, stridulent, bruissent ou froufroutent à l’instar d’une harmonie céleste dirigée par un chef d’orchestre divin.

Béate, Doriane sourit. Un sourire qui tel une fleur à la rosée matinale, éclot sur ses lèvres et s’abandonne sur un bienheureux soupir. C’est si étrange et délicieux de rêver, là, assise dans sa méridienne, face à l’océan, tandis qu’alentour, le monde indifférent erre et s’enterre dans ses travers. C’est si doux de rêver et à la fois si puéril. Les rêves ne sont-ils pas aussi capricieux et impalpables que les scintillements qui dansent sur l’océan ? Et si le monde n’était après tout qu’une illusion ! Qu’un faux semblant ! Un décor loufoque ! Un sempiternel scénario pour une bouffonnerie, une arlequinade, une clownerie, une pitrerie qui s’intitulerait vie !

Qu’importe !

L’air est si léger, si évanescent, la lumière si rayonnante, l’océan si impétueux, que Doriane se laisse bercer par toutes ces symphonies, ces musiques subtiles et un peu obscures du merveilleux.

Magie d’un moment ineffable !